LES FÊTES
CHAPITRE IX
LE CYCLE DE LA SAINT-JEAN
FÊTE DES BERGERS
Dans plusieurs communes de la Savoie du Nord, les bergers fêtent leur patron saint Jean-Baptiste, le 24 juin, par une collation prise en commun. Une compétition s’établit entre eux à qui sortira les bêtes le plus tôt et le retardataire est accueilli par des quolibets. Ainsi à Saxel d’après un récit recueilli par Julie Dupraz :
« Le matin de la Saint-Jean on sortait les bêtes tôt, tôt, puis on portait tous chacun une bagatelle, un œuf, deux œufs, un morceau de pain, de tomme, de lard, une bouteille de cidre ; il y avait mêmement des femmes qui faisaient une petite tomme exprès pour celui qui allait en champ ce jour-là (alo a sha, aller au champ : mener paître, surveiller le bétail). En arrivant sur la commune (les communaux) on allumait le feu, on faisait cuire les œufs, le lard dans la gréleta (diminutif de gréla : casserole à trois pieds, à bec et à queue horizontale) et les bergers se fêtaient tous ensemble. Et celui qui arrivait le dernier, les autres lui criaient : petérule, riule, crève la bansule ! (petérula : petite chose insignifiante, fillette menue ; riule : sans doute une alternance de la même famille que riolo miauler ; bansule : panier rond où l’on faisait sécher les noisettes. »
À Onnion, en Faucigny, repas, auquel chacun collabore en apportant sa part, pris en commun dans un chalet. Le dernier berger arrivé au pâturage est salué d’une expression très proche de celle employée à Saxel, Penterula, dont on a oublié le sens. Même coutume à Brens et à Sciez, en Chablais. Dans cette dernière commune :
« Malheur au berger qui, le jour de la Saint-Jean conduit trop tard son bétail à la pâture. Le dimanche suivant les enfants punissent sa paresse par un charivari des plus comiques, mais trop long à décrire.
À Brens, « les bergers croient que le soleil en se levant danse le jour de la fête de saint Jean-Baptiste en l’honneur de ce saint ». Cette relation entre le cycle de la Saint-Jean et le soleil n’est malheureusement attestée qu’en un seul endroit. On peut cependant rapprocher cette croyance de celle qui a cours dans les paroisses proches de la montagne du Môle : ceux qui se trouvent au sommet d’assez bonne heure voient se lever trois soleils. De même, on dit à Cruseilles que ce matin-là le soleil oscille, et à Messery que l’on discerne une croix sur le soleil le matin de la Saint-Jean.
F I N

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